« Comment peut-on être zen ? », de Jacques Castermane

Pas besoin de devenir bouddhiste pour être zen. Pour Jacques Castermane, la voie commence beaucoup plus près : dans notre corps, notre respiration et ce que nous vivons maintenant.

Publié le 9 septembre 2026


Comment peut-on être zen ? est une suite de courts chapitres dans lesquels Jacques Castermane présente la voie du zen telle qu’il l’a reçue de Karlfried Graf Dürckheim. Il s’agit d’un zen largement dégagé de son cadre religieux et des dogmes bouddhistes, pensé comme une voie d’expérience et de transformation accessible à l’Occidental.

Le vocabulaire employé est d’ailleurs souvent plus proche de nos courants phénoménologiques que des concepts classiques du bouddhisme. Castermane part de l’expérience vécue, du corps, de l’angoisse, de l’ego et de notre manière d’être au monde. Cela donne un petit livre très accessible, que l’on peut lire chapitre après chapitre comme autant de pistes à éprouver.

Son fil rouge pourrait tenir dans une idée : la paix de l’âme passe par le corps. Mais par le « corps que l’on est », plutôt que par le corps considéré comme un simple outil. C’est à partir de là que la pratique corporelle peut devenir, chez Castermane, une véritable voie spirituelle.

Quelques idées que je retiens

Certaines angoisses demandent une réponse spirituelle. La psychothérapie peut travailler sur l’histoire et la structure de la personnalité. Pour Castermane, l’angoisse liée à notre condition humaine (impermanence, finitude, insécurité fondamentale) appelle aussi une voie qui dépasse le moi.

Le zen vise simplement la paix de l’âme. Cette paix passe par une pratique régulière et concrète. Il s’agit de se donner des moments où l’on revient entièrement à ce qui est vécu maintenant.

Le corps est celui que nous sommes. Tout le livre défend cette idée héritée de Dürckheim. Le corps devient notre manière d’exister et d’agir dans le monde. La voie corporelle peut ainsi devenir une voie spirituelle.

L’exercice apprend à se « déségocentrer ». Le tir à l’arc, la méditation, la respiration ou un geste répété permettent de relâcher progressivement le contrôle de l’ego. La répétition compte parce qu’elle crée régulièrement les conditions de cette expérience.

L’expérience mystique peut être naturelle. Elle peut apparaître au cœur d’une expérience très ordinaire (un geste, un silence, une musique, un paysage). La pratique apprend surtout à lui faire de la place et à enlever ce qui empêche notre nature profonde de se manifester.

Le zen se pratique aussi dans une caisse de supermarché. Les exercices formels entraînent une capacité qui peut ensuite traverser la vie quotidienne. Une attente, une contrariété ou un embouteillage deviennent des occasions de revenir à l’expérience présente.

Divaguer fait encore partie du présent. Une pratique réussie ne suppose pas un esprit parfaitement silencieux. Constater que l’esprit est parti constitue déjà une expérience présente et permet un pas de côté vis-à-vis de l’identification.

L’exercice vaut déjà pendant qu’on le fait. Il n’a pas seulement de valeur grâce à un résultat futur. Ce que je fais maintenant est déjà l’occasion de vivre autrement maintenant.

Le zen et la psychothérapie peuvent travailler à des niveaux différents. Castermane connaît lui-même la psychothérapie et lui reconnaît une valeur. Le zen cherche plus loin une désidentification vis-à-vis du moi conditionné lui-même.

La voie retourne finalement à la vie ordinaire. Elle cherche un accord entre l’ego et ce que Castermane appelle notre nature essentielle. La paix acquise dans l’exercice trouve alors son prolongement dans nos actions et nos relations.

Florilège

« Pourquoi le zen ? Pour devenir quelqu’un qui ne se contente pas de vivre de temps en temps dans la liberté de l’être. »

« La pratique de l’exercice n’est pas un moyen qui permet d’arriver à un but après deux ou trois ans de pratique. L’exercice que je fais maintenant est l’occasion d’une expérience que je vis maintenant. Est-ce que je respire maintenant pour vivre dans deux ans ? Non. Je respire en ce moment parce que je vis en ce moment. Mieux respirer maintenant, c’est mieux vivre maintenant.
L’erreur de l’homme occidental, lorsqu’il est en chemin, est de pratiquer pour… après »

« Il est fructueux, à divers moments de la journée, de couper le fonctionnement mental autonome qui me fait courir dans le passé — qui n’est plus — ou dans le futur — qui n’est pas encore — en prononçant les mots : rien que. C’est à chaque fois, l’occasion de réintégrer le moment présent. Rien qu’un pas… lorsque je marche de mon domicile au parking ; rien que… fermer la porte ; rien que… faire pipi ! »

« Une autre voie d’accès au silence intérieur et au grand calme est l’exercice de la respiration.

L’attention à la respiration et l’immobilité du corps sont inséparables dans la pratique méditative sans objet.

Ici encore, le débutant ne doit pas se décourager parce qu’il trouve difficile de rester attentif à l’acte de respirer. L’exercice ne consiste pas à réprimer avec violence les distractions. Dans ce combat, la distraction gagne toujours. C’est en observant la distraction, sans jugement, sans analyse et sans commentaire, qu’on en perd l’habitude.

L’attention ne peut pas être construite à coups d’exercices. Par contre l’attention, fondation de notre esprit humain, peut être découverte de ce qui ordinairement la couvre. »

« Si vous faites l’expérience de l’impatience, de l’agitation, du désordre intérieur, c’est parce que là où vous êtes assis il y a quelqu’un qui est agité, impatient, en désordre. Vous devez comprendre que la méditation ne peut énerver personne. Mais la personne qui médite ne peut s’empêcher de voir ce qu’elle est à l’instant. Persévérez ! Seule une pratique régulière dissipe ce qui trouble le corps, l’âme et l’esprit. »

« L’observation attentive de l’acte de respirer nous met en contact avec notre propre essence.

Ce n’est ni dans ce qu’il sait ni dans ce qu’il sait faire que l’homme trouve la confiance, la sérénité, la paix de l’âme. Ces qualités d’être se révèlent à celui qui se fait spectateur de ce qu’il ne peut pas faire : des actions qui se passent en nous et sont du niveau de l’être. »

« La personne qui s’engage sur la Voie de l’action commence par les exercices les plus simples, ce qui peut parfois exaspérer l’homme occidental. L’exercice sur la Voie n’est jamais assez simple. Valéry écrit : “Il y a un art de marcher, un art de respirer ; il y a même un art de se taire.” Au cours de la pratique d’un exercice simple, la personne qui pratique est comme devant un miroir. Un miroir réfléchit exactement ce qui est devant lui. Ce qui fait qu’un exercice devient une réponse à l’injonction : “Connais-toi toi-même !” Ce qu’apporte l’exercice, sur la Voie, au projet socratique, c’est : “Connais-toi toi-même à l’instant.” »

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