Le yoga Nejang : 24 mouvements pour régénérer le corps
Le yoga Nejang est une pratique tibétaine de 24 mouvements issus de la médecine traditionnelle tibétaine. Adaptée à tout le monde et ne demandant aucune condition physique particulière, elle s'intègre facilement dans une routine quotdienne comme outil de prévention. Et pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin, elle ouvre sur une vision du corps et du cosmos propre à la médecine tibétaine.
Je parcours les pratiques tibétaines depuis quelques années : Kum Nye, harmonisation du bLa, mantrathérapie, Lu Jong…
C’est un reportage sur la médecine tibétaine qui m’a mis le Nejang sous les yeux. On voyait un médecin pratiquer ces exercices. Sur le papier, ça ressemblait à de l’automassage. Frotter des zones, tirer la langue, écarquiller les yeux. Rien de tout cela ne ressemble à ce qu’on imagine quand on entend le mot « yoga ».
J’ai quand même essayé, par curiosité. Et j’ai aimé le système.
En tibétain, « né » signifie les lieux, les endroits. « Jang » signifie nettoyer, purifier. Le Nejang désigne donc la purification des lieux que sont les muscles et les organes, mais seulement dans leur dimension physique, tant pour les Tibétain.e.s le corps n’est pas séparé du monde : il en est le miroir.
D’où vient le Nejang ?
Le Tibet a développé, au fil des siècles, un système de médecine complet. Ce système repose sur l’idée que le corps humain est traversé par des énergies. Maintenir ces énergies en circulation, c’est maintenir la santé. Les perturber ouvre la voie à la maladie.
Dans ce cadre, les médecins tibétains ont toujours eu besoin d’outils simples pour entretenir leur propre énergie au quotidien. Le Nejang est l’un de ces outils mis en place au XIVe siècle, et transmis de maître à élève depuis.
Pendant des siècles, le Nejang est resté réservé aux praticiens. Les médecins le pratiquaient pour eux-mêmes et en prescrivaient certains mouvements à leurs patient‧e‧s selon leurs pathologies. C’est le docteur Nida Chenagtsang, praticien contemporain de médecine tibétaine, qui a décidé de le rendre accessible à toutes et tous. Son choix repose sur une conviction simple : le Nejang est avant tout un outil de prévention. Il n’exige ni formation longue ni condition physique particulière. N’importe qui peut le pratiquer.
Le corps comme carte du monde
Pour comprendre pourquoi le Nejang comporte exactement 24 exercices, il faut d’abord comprendre comment la médecine tibétaine conçoit le corps.
Dans cette vision, partagée par les médecines antiques occidentales, le corps humain reflète l’univers entier. Chaque planète, chaque étoile, chaque lieu sacré de la planète a son équivalent à l’intérieur du corps. Le corps contient le monde.
Ces lieux intérieurs ont un nom : les 24 terres sacrées. Ce sont des points précis dans le corps, situés le long des canaux énergétiques. Les canaux énergétiques sont des voies invisibles par lesquelles circulent les souffles vitaux, à la façon dont les méridiens fonctionnent en acupuncture chinoise. Quand ces canaux sont dégagés, l’énergie circule. Quand ils sont bloqués, des déséquilibres apparaissent.
Chacun des 24 exercices du Nejang cible l’un de ces points. Pratiquer le Nejang, c’est nettoyer ces 24 lieux intérieurs, un par un. Le texte dont est issue cette pratique résume cette vision ainsi : « La forme du corps et ses canaux sont le monde. Ses souffles produisent la parole, le temps et les lettres. » Travailler un point précis du corps revient à rejoindre quelque chose qui dépasse le corps.
Comment ça fonctionne ?
Le Nejang comporte 24 exercices. Chacun cible un point précis du corps et produit des effets à trois niveaux différents.
Le premier niveau est physique : chaque exercice agit sur une zone ou un organe du corps. Le deuxième niveau est énergétique : selon la médecine tibétaine, chaque exercice rééquilibre un élément ou une humeur. Les humeurs tibétaines sont trois grands principes qui gouvernent le fonctionnement du corps, le vent, la bile et le phlegme. Le troisième niveau est tantrique : chaque exercice purifie un canal subtil et agit sur la circulation des souffles vitaux.
Pratiquer en ne retenant que le premier niveau suffit. Les deux autres existent pour celles et ceux qui souhaitent approfondir.
Concrètement, les exercices ressemblent à de l’automassage : on est plus du côté du do-in japonais que du yoga. On frotte, on masse, on presse des zones précises. Mais ce qui les distingue d’un simple massage tient à la technique respiratoire. Chaque mouvement se fait en retenant le souffle dans le « vase », terme qui désigne la partie basse de l’abdomen : on abaisse le diaphragme, on ferme légèrement la base, et on maintient l’air à l’intérieur pendant toute la durée du geste. Cette rétention permet d’orienter l’énergie vers le point travaillé.
Les 24 mouvements : quelques exemples
Voici cinq exemples parmi les 24 mouvements du cycle complet. Ils donnent une idée de la simplicité apparente des gestes.
Écarquiller les yeux, puis regarder tour à tour dans chacune des quatre directions.
Frotter l’occiput.
Masser fortement la couronne de la tête avec la paume de la main.
Frotter et masser vigoureusement les chevilles.
Pris séparément, ces gestes semblent anodins. Leur efficacité vient de leur précision, de leur enchaînement, et de la technique respiratoire qui les accompagne.
Comment intégrer cette pratique ?
La tradition recommande de pratiquer 3 à 5 mouvements par jour. Avec la partie préparatoire, cela prend 10-15 minutes. C’est suffisant pour des effets préventifs. Les mouvements se choisissent selon la saison, selon une zone du corps à travailler, ou simplement au hasard dans les 24.
Aucune condition physique n’est requise. La pratique relève de l’hygiène quotidienne.
Ma propre pratique
J’ai appris la technique en janvier 2024, et la pratique depuis quasiment tous les matins.
Ma méthode : je retiens un ou deux mouvements liés à la saison en cours, et je pioche les autres au hasard. Au bout de cinq ou six jours, j’ai fait le cycle complet. Il y a quelque chose de plaisant à ne pas savoir à l’avance quelle séance va se composer. Chaque combinaison est presque toujours unique.
J’ai observé sur moi que depuis que je pratique régulièrement, je suis moins enrhumé : je fais moins de rhumes pendant l’année, et je guéris plus vite qu’avant. Alors je ne peux pas prouver par A+B que c’est effectivement cette technique, mais quand j’essaie de faire la part des choses entre tout ce qu’essaie et mets en pratique, c’est l’hypothèse qui me parait la plus raisonnable.
Ce qui me plait, c’est la distance entre l’apparence du geste : des frictions, des pressions, des rotations sur des zones précises. Rien d’impressionnant à regarder. Et pourtant le corps répond.
Je retrouve quelque chose de familier dans cette logique. En séance, dans ma pratique de la somatothérapie, aucun geste n’est complexe en soi. De simples vibrations de très peu d’amplitude peuvent avoir un effet profond sur le corps, et le psychisme.
Si vous avez envie de vous former à cette technique, il existe une vidéo de démonstration d’une séance complète. Personnellement, je suis passé par une session organisée par Sorig Khang France, qui diffuse la médecine traditionnelle tibétaine, et pratiques associées, en France.