Pourquoi celles et ceux qui n’ont pas de plan n’échouent pas forcément

Combien de fois avez-vous réorganisé vos priorités, reformulé vos intentions en mode « loi de l’attraction », affiné votre « vision » pour savoir à quoi vous voulez que votre vie ressemble, et senti malgré tout que c’était beaucoup d’effort pour pas grand-chose ? Peut-être que le problème n’est pas le manque d’objectifs clairs. Peut-être que c’est le contraire.

Publié le 20 mai 2026


Un article de la revue Cerveau & Psycho de février 2026, par Yves-Alexandre Thalmann, a attiré mon attention, tant il va à contre-courant de certaines idées reçues. J’ai beaucoup aimé le soulagement qu’il procure vis-à-vis de la tyrannie des objectifs.

Il est en effet devenu un lieu commun de penser que les gens qui ont des objectifs de vie vont « plus loin » et réussissent mieux. C’est la métaphore cliché du GPS : il ne peut pas vous indiquer un chemin, et encore moins le plus optimisé, si vous n’avez pas mis la destination finale.

L’article explique que ce lieu commun se base sur une étude qui n’est qu’une légende urbaine : on raconte qu’à l’université Yale, des étudiant·e·s qui avaient écrit leurs objectifs auraient beaucoup mieux réussi que les autres. Pourtant, quand on cherche la trace de cette étude, on ne la trouve pas dans les archives scientifiques.

Or, la culture des objectifs peut rapidement se montrer néfaste. Les buts très précis posent parfois des problèmes concrets :

  • Quand on se concentre trop sur un objectif, on devient aveugle à d’autres choses importantes.
  • On prend plus de risques.
  • On oublie de s’adapter quand la situation change.

Une chercheuse, Saras Sarasvathy, a proposé une autre manière d’agir, appelée « effectuation ». Au lieu de fixer un but très rigide, on part de ce que l’on a déjà sous la main et on avance pas à pas. On regarde ses ressources, ses compétences et les occasions qui apparaissent, puis on ajuste sa direction en cours de route.

Elle a montré que dans le monde de l’entreprise, cette approche surpassait les business plans rigides et artificiels.

Ce que j’observe en cabinet va dans le même sens. La rigidité dans la manière d’imaginer son parcours vers le mieux-être(« je dois être guéri·e en 3 séances », « ça devrait se passer comme ça ») est un facteur majeur d’abandon de la thérapie. Elle précipite le découragement.

Il ne s’agit pas de s’empêcher d’avoir des objectifs, en thérapie comme dans la vie. Mais une fois notre destination rentrée dans votre GPS, autorisons-nous à bifurquer, à nous arrêter avant si une solution convenable apparaît sur le bord du chemin, à prendre quelqu’un en stop, à conduire en laissant par moment le hasard nous guider et nous faire faire des découvertes inattendues…

Et vous, oseriez-vous conduire votre vie en vous faisant confiance aux hasards, aux rencontres et aux envies du moment ?


La prochaine fois que vous devrez prendre une décision ou fixer un objectif, posez une main sur votre ventre avant de choisir. Demandez-vous : « Est-ce que cette direction crée une tension ou un espace ? » Fiez-vous à cette sensation physique plutôt qu’à la seule logique pure.

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