Pourquoi l’envie de nouveau départ ne devient pas toujours un vrai changement

À certains moments de la vie, l’envie de repartir à zéro devient pressante. Changer de cadre, de rythme, de relation ou de projet semble alors la seule issue possible. Pourtant, beaucoup découvrent après coup que ce nouveau départ n’a pas produit le soulagement attendu. Quelque chose a changé en surface, mais l’élan intérieur, lui, est resté inchangé.

Publié le 29 décembre 2025


L’envie de nouveau départ comme signal de saturation

L’envie de recommencer apparaît rarement par hasard. Elle surgit souvent après une période prolongée de tension, de fatigue ou de désajustement. Le quotidien devient lourd, les gestes se répètent sans apporter de respiration, et le sentiment d’être à sa place s’érode progressivement. Dans ce contexte, imaginer un nouveau départ agit comme une ouverture possible, parce qu’il promet une sortie, une rupture, et parfois même une réparation.

Cette envie est compréhensible, et elle peut même être saine. Elle indique qu’un seuil a été franchi et qu’un fonctionnement ne tient plus. Cependant, elle porte aussi une ambiguïté, car elle suppose que le changement viendra principalement d’un déplacement extérieur. Un autre lieu, un autre rôle ou une autre organisation seraient capables, à eux seuls, de produire un apaisement durable.

Quand le nouveau départ reste une décision mentale

C’est ici que l’impasse apparaît. Beaucoup de personnes décrivent des changements pourtant importants, comme un déménagement, une reconversion ou une séparation. Objectivement, quelque chose a bien recommencé. Pourtant, après l’élan initial, les mêmes sensations reviennent, avec une vigilance diffuse, une fatigue sans cause précise, et une impression de devoir encore tenir.

Ce décalage ne traduit pas un mauvais choix. Il révèle plutôt une limite plus profonde, car le nouveau départ modifie le décor, mais il ne touche pas toujours ce qui, en nous, continue à orienter la perception et la réaction. En effet, nous n’entrons jamais dans une situation “neuve” avec un regard vierge, puisque nous y entrons avec des traces encore actives : des émotions non digérées, des événements passés qui n’ont pas été intégrés, et qui influencent silencieusement notre manière d’être au monde.

Tant que ces présences demeurent, le monde est perçu à travers elles. Les situations extérieures réveillent les mêmes réactions, les mêmes pensées et les mêmes affects, non parce qu’elles sont identiques, mais parce qu’elles rencontrent la même structure intérieure. Dans ce contexte, le nouveau départ reste partiel : l’esprit a changé de direction, mais le rapport au monde, lui, demeure organisé autour des mêmes points d’accroche.

Ce que l’envie de recommencer oublie souvent

L’erreur n’est donc pas de vouloir recommencer. Elle consiste à croire que le recommencement dépend uniquement de ce que l’on décide ou modifie extérieurement. Or, un changement durable suppose que ce qui, en nous, colore encore l’expérience puisse être traversé et intégré. Dans un entretien avec Sciences Humaines (n°361août-spemtebre 2023), la philosophe Claire Marin suggère que cette limite apparaît lorsqu’elle insiste sur le fait que les recommencements ne sont pas seulement des décisions, mais qu’ils exposent aussi à l’incertitude, et qu’ils transforment notre rapport au possible.

Cette idée devient plus concrète si l’on admet que certaines émotions demeurent présentes sans avoir été digérées. Dans ce cas, elles continuent à structurer la relation au monde, car elles donnent prise à des scénarios répétitifs, à des positions intérieures familières, et à des manières de réagir qui semblent s’imposer d’elles-mêmes. C’est pourquoi certains recommencements donnent l’impression de “rejouer autrement la même histoire” : le cadre a changé, mais la logique relationnelle et existentielle reste proche, et le nouveau départ ne produit alors qu’un déplacement superficiel.

Quand la thérapie cesse de pousser vers l’avant

La somatothérapie intervient précisément à ce niveau. Elle ne cherche pas à encourager un changement, ni à provoquer un nouveau départ. Cette approche s’intéresse à ce qui, dans le corps, continue à porter des traces actives du passé, et à orienter silencieusement le rapport au monde. Elle part donc d’une question simple : qu’est-ce qui, en nous, n’est pas encore intégré, et continue à fabriquer une manière de voir, de réagir et de se raconter la vie ?

Dans ce cadre, il ne s’agit pas seulement d’apaiser un état d’alerte, même si cela peut être un cas de figure. Il s’agit surtout de permettre l’intégration de ce qui n’a pas encore été digéré. Lorsque ces présences cessent d’agir, la perception du monde se modifie spontanément. Les événements n’ont plus la même prise, les réactions perdent leur caractère automatique, et certains scénarios cessent simplement de se rejouer, sans avoir été combattus. Ce changement ne résulte pas d’un effort, mais d’un désencombrement, parce que quelque chose qui orientait tout en arrière-plan n’oriente plus.

Quand le recommencement cesse d’être une fuite

Claire Marin écrit que les débuts traduisent notre rapport au possible, et elle ajoute dans l’entretien qu’il faut s’inquiéter lorsque l’on ne ressent plus cette “excitation des débuts”, parce qu’elle dit quelque chose de notre capacité à rester vivant et à nous remettre en mouvement. Cette remarque est précieuse, parce qu’elle montre que recommencer n’est pas seulement changer de situation, mais retrouver une ouverture, c’est-à-dire une manière plus libre d’être au monde.

Cependant, ce rapport au possible ne se transforme pas uniquement par la projection. Il se transforme lorsque ce qui, en nous, faussait la relation au réel cesse d’agir. À ce moment-là, recommencer n’est plus une tentative pour aller mieux, ni un moyen d’échapper à une tension. C’est une conséquence naturelle d’un rapport au monde redevenu plus juste, parce qu’il ne s’appuie plus sur un sol encombré par le passé.

La somatothérapie ne promet donc pas un nouveau départ. Elle offre un espace où l’ancien peut enfin se déposer, où l’intégration devient possible, et où certaines empreintes cessent de gouverner la perception. Quand cela se produit, l’envie de recommencer change de nature, car elle ne cherche plus à compenser une impasse. Elle devient une ouverture réelle, parce qu’elle s’appuie sur un sol qui a, lui aussi, changé.

Si ce cheminement vous semble être ce qui vous a manqué jusque là, je vous invite à prendre rendez-vous pour un appel découverte ou une première séance.

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