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Participer à un colloque : quelques conseils

rangée d'orateurs à un colloque

Trop de personnes participent à un colloque sans réfléchir à la nature de cet exercice très particulier. Aussi, ils lisent, plus ou moins laborieusement, l’article qu’ils destinent à la publication. Résultat :personne n’en retire grand-chose tant les propos sont denses et durs à suivre à l’oral.

Le colloque est un exercice oral dont la réussite dépend de votre capacité à créer du lien, pendant votre prestation, pendant celle des autres et entre les communications — là où s’échangent les vraies informations, autour du café.

Que veut chacun dans un colloque ? Se sentir intéressant — se rassurer en se disant que l’objet de ses recherches n’est pas qu’une lubie personnelle. Aussi, à vous de vous intéresser aux communications des autres et de rendre la vôtre intéressante.

Les conseils qui suivent sont le fait d’observations personnelles. Elles ne feront pas de vous un orateur hors pair, mais un meilleur orateur, ce qui est déjà pas mal. Voici donc quelques pistes.

Une attitude conviviale

– Parlez aux gens dès le début et présentez-vous en premier. Tout le monde est un peu stressé lors des colloques. Faites le premier pas que vous voudriez que l’autre fasse. Nom, université et sujet de recherche sont les premiers éléments de base que voudront savoir les autres.

– Si vous souffrez du syndrome de l’imposteur, ne vous demandez surtout pas comment impressionner les autres pour qu’ils ne s’aperçoivent pas de l’arnaque intellectuelle que vous pensez être. Cherchez plutôt à être impressionné par les autres en vous intéressant à ce qu’ils font. Si c’est quelqu’un qui rechigne à parler de lui et ses recherches, pas de doute, lui aussi pense être un imposteur !

– Votre attitude pendant la prestation peut jouer pour beaucoup dans l’attitude qu’auront les autres pendant la vôtre. Écoutez les autres plutôt que retravailler frénétiquement votre communication. Vous serez en plus moins stressé ! Rassurez celui qui parle en lui souriant et en opinant parfois — évitez de faire des non de la tête, même si ce n’est pas un signe de réprobation pour vous : vous risquez de terrifier celui qui parle en lui faisant croire que vous lui signifiez franchement votre désaccord.

– Un moyen de vous intéresser sincèrement à ce disent les gens est de chercher à intégrer certaines de leurs idées ou références dans votre communication. Ils seront fiers que vous les citiez quand votre tour viendra, surtout si vous citez leur prénom et/ou leur nom plutôt qu’un maladroit « Comme l’a dit notre collègue dans sa communication ». Ils se diront que vous les avez écoutés attentivement.

– Après la communication des autres, posez des questions. Mieux, soyez le premier (pas à chaque fois non plus !) à poser une question : tout le monde vous prendra en sympathie pour avoir évité le blanc gênant qui suit souvent les communications ! Honnêtement, ce n’est pas toujours simple..

–Prenez de l’alcool aux déjeuners et dîners communs, ça aide beaucoup. Vous pourriez être tenté de ne pas en prendre le midi si vous parlez juste après. Erreur : vous pourrez ainsi mettre vos difficultés oratoires ou argumentatives sur le dos de ce délicieux Corbières.

Le temps qu’on ne voit pas passer pour soi (mais qu’on sent passer pour les autres)

– L’attention est une denrée rare. Les conférences Ted ont un format très précis de 18 minutes maximum, car on sait qu’au-delà l’attention s’effondre. Sachez bien conscience que jamais personne ne vous en voudra de parler 15 minutes au lieu de 20 minutes. Le public sera plus concentré et les organisateurs seront contents, car vous absorberez en partie le retard qui aura déjà été pris.

Entraînez-vous chez vous plein de fois jusqu’à tenir le temps souhaité. Le préciser parait sans intérêt, et pourtant beaucoup d’intervenants semblent découvrir sur le moment le temps que prend leur communication. Faites attention : à vous de savoir si, sous l’effet du stress, vous êtes plus lents ou plus rapides, afin de tenir le temps de parole en prenant en compte ce stress.

– Ayez votre propre chronomètre lorsque vous parlez !

– J’ai un technique pour tenir mon temps le jour même. Lorsque je suis arrivé à faire tenir ma communication dans le temps imparti, je la refais en notant sur mon papier des repères de temps. Par exemple, si mon introduction a duré 2 minutes, j’écris 2 minutes à la fin de l’introduction. Si la première sous-partie a duré 1 minute 30, j’écris à la fin, non pas 1 minute 30, mais 3 minutes 30, puisque je cumule avec le temps de ce qui précède. La seconde sous-partie a duré 1 minute ? J’écris 4 minutes 30 à la fin, etc. Ainsi, quand j’arrive à la fin de chaque sous-partie, je regarde mon chronomètre et vois si je suis en avance ou en retard, et peux m’adapter pour retomber sur le bon timing.

– Rattraper son retard ne signifie jamais lire ou dire la même chose mais plus vite ! Jamais. Rattraper son retard signifie toujours en dire moins et avec le même débit – voire, luxe suprême, en ralentissant ! Épargnez au public les remarques du style « Là, je vais sauter un passage », « Là, j’aurais plus de choses à dire »… Épargnez-nous la coulisse, il fallait mieux vous préparer : show must go on! Donc vous respirez un grand coup, résumez limpidement votre pensée et allez jusqu’à la partie qui vous fait retomber sur le bon timing !

La prestation orale

Au niveau du contenu, tout s’articule autour d’une seule question : qu’est-ce qui intéresse les autres ? Le problème est que son sujet est souvent tellement pointu que personne ne suit vraiment. Il faut donc s’autoriser à dissocier l’article de publication de la communication orale. Raccourcissez certaines parties (l’état de la recherche, les choses techniques…) et prenez le temps d’expliquer ce qui, selon vous, piquera la curiosité du public (un point de vue original, un développement très concret, un paradoxe…).

– Il faut bien comprendre qu’un colloque est une pratique orale. Allez voir du côté de Françoise Waquet si vous ne me croyez pas. Lire un article écrit n’en fera pas une communication vraiment orale. En effet, la densité de l’écrit est beaucoup plus forte que celle de l’oral : l’exercice est très compliqué pour ceux qui écoutent. Aussi, voici 5 manières d’oraliser un article écrit un peu dense :

  • Le raccourcir et le lire : en le raccourcissant, il devient moins dense et la lecture peut être plus lente, avec plus de respirations.
  • Avoir le texte écrit sous les yeux, mais avoir souligné ou mis en gras des groupes de mots de manière à ce que le regard se pose dessus. Ainsi, vous pourrez « parler » en ayant photographié des groupes de mots et des formulations : vous n’aurez pas peur des trous de mémoire, en cas de panique, vous pourrez vous rabattre sur le texte.
  • Alterner les moments lus et les moments parlés, en les ayant préparés. Mais surtout, les moments parlés ne doivent pas être des paraphrases de ce que vous venez de lire : dans ce cas-là, vous auriez pu directement passer à la paraphrase.
  • Ne garder que quelques éléments, sous forme de carte heuristique par exemple, voire le plan uniquement.
  • Le must : parler sans notes. C’est en fait beaucoup plus simple qu’on ne l’imagine. Essayez de le faire seul et sans témoins, plusieurs fois, en vous obligeant à continuer jusqu’au bout quoiqu’il arrive. L’effort en vaut la chandelle !

– Concernant le trac, je vous livre le conseil ultime, précédé du secret ultime. Donc, secret ultime : le trac ne disparaîtra jamais – en fait, si, c’est possible, mais il faut venir me consulter [pub cachée] . Vous tremblez au moment de commencer à parler ? Sachez qu’il est possible de parler en tremblant de peur, même si ça s’entend, donc ne vous occupez pas de vos tremblements, ils se débrouillent très bien sans vous, et contentez-vous de parler. Faites votre part : votre part est de parler, pas de ne pas trembler.

– Maintenant, conseil ultime : ne cherchez pas la performance, mais le plaisir que vous avez à partager un sujet. Demandez-vous pourquoi ce sujet vous passionne, et faites passer cette passion : souvent, c’est un paradoxe, une énigme résolue, une expérience partagée tout le monde… Ainsi, vous passez du rang au lien, c’est-à-dire d’un positionnement vertical de classement à une posture horizontale de partage: c’est cela même l’esprit d’un colloque. Et si vous avez su vous montrer bienveillant et convivial, les autres seront plutôt touchés par votre difficulté.

– De cette volonté d’être en lien découlent 2 règles oratoires de base pour l’attitude qui ne feront pas de vous un orateur brillant, mais un orateur qui attire la sympathie :

  • La posture : on évite de croiser les bras et les jambes. Ce conseil a l’air sorti d’un mauvais livre de développement personnel, mais dans le cadre d’une prestation devant un groupe, cela se révèle très juste. Et on évite d’être avachi sur ses notes !
  • Le regard : si on participe à un colloque, plutôt que rester chez soi à lire un livre, c’est pour être en lien. Sans regard partagé, pas de lien. À chacun après à trouver jusqu’où il est à l’aise. Mais souvent, on n’est pas à l’aise parce qu’on anticipe le jugement de l’autre en termes de performance. Mais 1 — les auditeurs sont obsédés par leur prestation à venir et ne vous écoutent qu’à moitié ; 2— ils veulent qu’il y ait une relation. Attention à cette fausse bonne idée : regarder au fond de la salle. Cela ne crée en rien du lien, et la salle ressent l’artifice. Le conseil est de regarder les gens, souvent et à des tempos différents (c’est-à-dire en maintenant des contacts visuels de longueurs différentes) et leur adresser ce qu’on dit.

 

– Si on est un étranger, parler un peu moins longtemps (15 minutes au lieu de 20 par exemple), car cela demande plus de concentration pour ceux qui écoutent.

– Un dernier petit conseil : éteindre, ou faire éteindre, le projecteur quand on ne l’utilise pas, même si c’est un écran bleu vide, car il attire bêtement l’attention du public.

 

Bonus : quelques phrases bateau

Après une prestation, on ne sait pas toujours comment embrayer pour intervenir. Voici quelques phrases qui reviennent très souvent :
– « J’ai trouvé que les communications étaient vraiment complémentaires » : un grand classique, surtout quand les 3 communications n’avaient absolument rien à voir.
– « Merci au collègue pour sa communication très stimulante ». Surtout quand le collègue a passé ses 20 minutes le nez collé dans son papier.
– « Souvent, je me suis posé la question en t’écoutant… ». Attention à la contradiction qui arrive !
– « J’ai trouvé ce que tu as dit concernant … très intéressant, très stimulant. Et en même temps, est-ce qu’on ne pourrait pas dire que… » En gros, je trouve que tu as faux sur toute la ligne, mais je suis poli.

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